À propos

Tabac Humain

Le tabac est un produit curieux.  Comment une plante qui apporte objectivement si peu a-t-elle pu envahir autant le comportement humain, dans tous les pays et toutes les cultures?

Car le fumeur ne peut pas dire qu’il lui ouvre les portes de l’Eden.  Il n’est pas transporté dans un autre monde, ne « plane » pas, pas de rêves, d’hallucinations. Il ne se sent pas libéré, euphorique et prêt à des extravagances comme sous l’effet de l’alcool.  Après avoir fumé deux paquets, l’esprit est toujours lucide et efficace. Le tabac n’est pas un poison psychique.  Au mieux, le fumeur ne pourra que dire « c’est bon », ou « j’aime fumer », sans pouvoir analyser plus loin.

Une sensation de « manque » perturbe le fumeur privé de tabac. Une cigarette lui fait  retrouver son état normal.  Le plaisir ressenti est plutôt le soulagement du manque qu’un avantage supplémentaire. Il s’agit donc d’une DÉPENDANCE PURE, qui devrait en faire un modèle d’étude privilégié. Cette absence d’effets visibles a expliqué son acceptabilité sociale.  Seule la fumée a fini par susciter des réactions de rejet.par son omniprésence    De ce fait, le tabac a pu se lier intimement à toutes les activités humaines. Si sa mesure est sa diffusion universelle, et sa capacité à retirer des  sommes considérables du budget des plus pauvres, c’est clairement la dépendance la plus puissante au monde.

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A la fin du 19e siècle, on avait 50% de chances de mourir avant 40 ans et l’on commençait à fumer au service militaire. Les effets nocifs sur la santé n’avaient donc guère le temps de se manifester. Actuellement, ils sont toujours trop tardifs pour être dissuasifs, mais avec l’augmentation de l’espérance de vie et le jeune âge d’initiation, les risques pour les individus et la collectivité deviennent considérables. Il est donc essentiel de tenter de les réduire..

L’alcool imprègne lui aussi les sociétés et les cultures.  Mais l’ivresse est visible et destructrice, la déchéance rapide.  Ces effets immédiats ont suscité plus vite un besoin de contrôler sa diffusion et ses excès.  Les solutions simplistes viennent toujours les premières à l’esprit. Elles ont culminé avec les lois de prohibition, dont celle de 1919 aux USA, abrogée en 1933 en raison de ses conséquences catastrophiques et de son inefficacité. Or la lutte contre le tabagisme se développe sur ce modèle, sans qu’on en ait tiré de leçon.

Il est illusoire de prétendre réduire l’usage du tabac sans prendre en compte tous les aspects humains qu’il sous-tend, tels son rôle dans l’équilibre individuel, les angoisses, le plaisir, les liens sociaux; ses relations avec la littérature, l’art; les autres aspects de dépendance, les problèmes philosophiques et politiques qu’ils soulèvent, la liberté, les choix.  Ce sera là l’environnement gravitant autour du pilier central de ce site, l’enseignement d’Altertabacologie.

Celui-ci sera dédié à la connaissance scientifique validée des mécanismes de dépendance, aux stratégies que le fumeur peut mettre en œuvre pour s’en affranchir, aux moyens efficaces que pourrait utiliser une collectivité humaniste pour réduire les risques du tabagisme.

On n’y trouvera pas la description des maladies liées au tabac. Elle ne concerne que les médecins, qui les connaissent déjà.  Nul besoin d’accroître l’angoisse des autres.  Les aspects neurochimiques resteront dans la limite de ce dont tout « honnête homme » devrait être averti. Tout être humain devrait être intéressé par ce site.  Non-fumeur de toujours, pour comprendre la détresse de ses semblables englués dans la dépendance. Fumeur, pour en tirer des outils dans sa démarche d’émancipation. Ex-fumeur, pour se fortifier dans son abstinence. Médecins, infirmières, psychologues pour être les experts compétents et attentifs que souhaitent leurs patients.  Décideurs publics, pour éclairer leurs choix politiques vers des mesures alliant humanité et efficacité.

Robert Molimard