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Editorial

 

Lucrèce, paquets neutres, Spinoza, diesel et vaccins

 

 

 

L’opposition entre le Bien et le Mal, Dieu et Satan, s’appuie sur la redoutable puissance de croyances manichéennes, alliées à l’avidité calculée. Elles imprègnent les politiques publiques.

Spinoza préfère se baser sur la Raison, explorer la Nature, son immense complexité et ses règles sans contenu moral, pour en déduire ce qui est Utile ou Nuisible, avec tous les stades intermédiaires d’inutile et de dérisoire, et mettre en balance les avantages et les effets pervers[1].

 

 

 

Prise au nom du Bien, la décision d’imposer des paquets de cigarettes « neutres » est-elle Utile ?

      Le flop qui s’annonce la ferait plutôt classer comme Futile. Depuis leur instauration, dans les 7 premiers mois de 2017, les ventes auraient même augmenté de 9,2%. Le Figaro[2] a publié leurs courbes mensuelles depuis 2014 d’après les données des douanes (Figure 1).

En fait, la grande dispersion ne permet absolument pas d’évaluer l’effet de leur introduction. La courbe de 2017 n’a aucune tendance à se dégager des précédentes. La forte baisse de juillet ne fait que compenser la forte hausse de juin. Les ventes ne sont d’ailleurs qu’une vue tronquée de la consommation, ne tenant pas compte des modifications de fume liées aux difficultés économiques des précaires, et de la contrebande, qui a pu alimenter les accros à leur marque.

On a un peu plus de recul avec l’Australie. Seuls les paquets neutres y sont en vente depuis 2012. L’effet sur la consommation de tabac est très controversé, et difficile à séparer de celui des actions tous azimuts contre le tabagisme dans ce pays. En 1993, l’expert australien Simon Chapman trouvait la tâche aussi difficile que « démêler des fils de la vierge avec des gants de boxe », en décrivant la journée d’un fumeur[3]. Au petit déjeuner, ses deux enfants entonnent déjà deux slogans anti-tabac appris à l’école. Sa femme commence à lui demander d’aller fumer dehors. Au bureau de tabac, il remarque que son paquet favori a augmenté de 20 cents. Il calcule qu’en un an il lui coûte autant que 10 jours dans un hôtel luxueux à Bali. Son train est désormais sans fumée. Son journal publie beaucoup d’annonces spécifiant « Non-fumeurs uniquement », des compagnies d’assurance-vie offrent des réductions aux non-fumeurs. Au travail, il sait déjà qu’il ne peut fumer avant midi, mais la pizzeria est désormais non-fumeurs. À la télévision, il apprend qu’hormis le cancer du poumon, il risque aussi la leucémie. Cerise sur le gâteau, un nouveau spot montre plusieurs fois par jour combien de goudrons noirs un fumeur inhale annuellement

Le jour suivant, il décide d’arrêter, comme il l’a déjà fait 3 ou 4 fois dans l’année. Quelque temps plus tard, un chercheur scientifique l’interviewe au téléphone. Cet arrêt illustrera un article montrant qu’une campagne nationale en cours est responsable de la baisse du tabagisme.

En Australie, l’effet de l’introduction des paquets neutres n’est pourtant pas brillant, face aux contraintes qu’impose une telle décision. Elle est coûteuse, il faut redessiner tous les paquets de cigarettes. Les buralistes sont harcelés, d’autant qu’ils la savent inefficace. Elle témoigne de la puissance de forces ignorant totalement, ou feignant d’ignorer pour des raisons obscures, ce qu’est une dépendance. Qui, y ayant été pris, peut imaginer qu’un fumeur, capable de rouler des mégots, cessera de fumer parce qu’il n’aura plus le vrai paquet de sa marque ? Face à l’échec, on dit que les jeunes seraient dissuadés de commencer ! On fait des études montrant qu’ils préfèrent le goût d’une même cigarette si elle porte le nom de la marque. On note des différences de perceptions entre un paquet neutre et le paquet habituel, mais on remarque l’absence d’effet sur la fume[4].  On se pose des questions sur des preuves suffisantes d’efficacité, pour conclure qu’une intense action médiatique d’accompagnement est nécessaire[5].

C’est toujours le même matraquage médiatique. Nos hérauts officiels de l’antitabagisme, omniprésents dans les médias, voudraient sans la moindre opposition qu’on continue à augmenter sans cesse et « jamais assez » le prix du tabac, à pousser ainsi les précaires dans la pauvreté, tout en favorisant les trafics et la délinquance. Faisant fi de contradiction, ils se sont trouvé défenseurs de la cigarette électronique, mais se félicitent des nouvelles mesures limitant son usage !

Les forces obscures ont horreur de la vérité. Les idées novatrices ont toujours été réprimées, elles ont conduit Giordano Bruno au bûcher. Lorsqu’une preuve scientifique irréfutable est apportée, on n’y échappe comme Galilée qu’en se rétractant. Non seulement les croyances de tout poil font de la résistance, mais l’explosion des  moyens de communication les amplifie. Même les scientifiques se mettent au service de l’obscurantisme, sous l’effet de l’argent et de la recherche de renommée et de pouvoir.

Je dînais il y a peu avec un ami physicien  atomiste. En quête des précurseurs de Spinoza, j’avais lu la traduction par André Lefèvre[6] du De Natura rerum. Dans ce poème, Lucrèce avait exprimé en latin la pensée des grecs Leucippe, inventeur de l’atomisme, de son élève Démocrite et du matérialiste Epicure. Enthousiasme absolu de mon physicien : « Quels génies que ces gens là ! En observant les poussières lumineuses danser dans un rai de soleil, ils avaient tout compris, la structure de l’univers, l’assemblage de hasard d’atomes pour créer tout ce qui existe et les modifications permanentes du vivant ». Des idées  qui semblaient évidentes il y a plus de deux millénaires ont peine à s’implanter. Car Lucrèce sentait le fagot. En latin au lycée, on n’en parlait pas. On traduisait le De bello gallico et le De viris illustribus urbis Romae [7], qui ignorait totalement ce Romain. Les preuves qu’ont apportées Darwin et Einstein ont du mal à vaincre les croyances, et le créationnisme se répand.

Le latin fut langue universelle. Quasi unanimement, on entend dire que ce serait un Bien, si les hommes pouvaient tous se comprendre. Pourtant l’espéranto existe depuis plus d’un siècle[8]. Nul ne peut contester l’Utilité potentielle de cette langue d’une géniale simplicité et précision. Pourtant, que d’obstacles ont réussi à freiner son expansion. Serait-elle un Mal ? C’est a priori difficile à concevoir. Pourtant, c’est vraiment un Mal, pour les forces obscures qui s’opposent à la liberté, utopie dangereuse entre toutes.

La polémique sur les vaccins s’incruste entre le Bien et le Mal, un manichéisme du Tout ou Rien entre les associations antivaccins et l’obligation vaccinale, 11 vaccins pour l’instant. Aucun vaccin n’est exempt de complications. J’ai observé deux fois une péricardite dans les suites immédiates d’un rappel antitétanique. Avant d’allumer sa cigarette, le Professeur Le Magnen, dans son laboratoire du Collège de France, passait son index sur la flamme de son briquet pour s’assurer de sa présence. Le vaccin contre la variole l’avait laissé totalement aveugle. Catastrophe individuelle, mais immense bénéfice collectif. On ne vaccine plus, la maladie est éradiquée. De rares complications neurologiques graves ont été signalées après vaccination contre la poliomyélite. Pourtant, elle a pratiquement disparu, comme la diphtérie, et le tétanos est exceptionnel. C’est le prix à payer pour éviter leur résurgence. Est-il excessif pour certaines maladies ? A-t-on suffisamment pris en compte les effets pervers de l’obligation légale pour tous, dont l’exclusion de l’école ? La décision est-elle totalement indépendante d’idéologie passionnelle ou d’intérêts financiers ? Biaisé, appuyé sur des statistiques truquées, le bruit de fond d’un pilonnage médiatique crée un consensus étouffant les faibles signaux des analyses honnêtes. L’obligation, c’est désigner le Bien. L’Utile serait de fournir au public des données fiables sur le nombre de cas et de complications observés chez les non-vaccinés et chez les vaccinés, et sur la proportion d’accidents liés au vaccin. L’adhésion à une loi qui apparaîtrait clairement nécessaire garantirait son observance.

De même, actuellement, le Mal c’est le diesel. Le battage médiatique est intense, depuis la révélation de logiciels faussant les contrôles de pollution. Pourtant, si ce moteur a été adopté pour les camions, les engins de chantier et les navires, c’est parce qu’il est Utile. Ses performances remarquables de puissance, souplesse, facilités d’entretien, économie de carburant et longévité lui ont fait conquérir le marché des voitures particulières malgré un prix plus élevé. C’est vrai, il produit beaucoup de particules fines et d’oxydes d’azote générateurs de graves problèmes respiratoires. Mais depuis l’injection directe, les moteurs à essence en produisent autant sinon plus [9]. La campagne de dénigrement atteint un sommet avec un article d’une ONG internationale « Transports et Environnement », qui regrouperait 50 ONG. Elle arrive à démontrer qu’un moteur qui consomme 20% d’hydrocarbures en moins au km parcouru produirait plus de CO² ![10]

Le Bien, c’est la voiture électrique. C’est vrai, elle diminuerait la pollution des villes. Pourtant, on ne discute guère de ses effets pervers. La surconsommation électrique, tant que les énergies renouvelables n’auront pas remplacé les énergies fossiles et nucléaire, le très mauvais rendement des centrales, les pertes en ligne par effet Joule (environ 30%), la consommation de cuivre, les problèmes posés par les batteries tant qu’elles utilisent massivement des métaux rares et polluants pour une efficacité encore insuffisante.  Quelles forces occultes animent ce combat ?

Toute décision aboutit de fait à trancher un dilemme de Tout ou Rien. C’est là le terrain de jeu de croyances, de conflits d’intérêt et de groupes de pression, qui arrivent à la faire parfois basculer en faveur de la solution la plus mauvaise pour l’intérêt général et la simple vérité. Comment alors apprécier en toute honnêteté les subtilités d’une balance bénéfices/risques ?

Robert Molimard

[1] Molimard R. L’Homme, avatar de Dieu. (2016) L’Harmattan ed.

[2] http://www.lefigaro.fr/economie/le-scan-eco/dessous-chiffres/2017/08/16/29006-20170816ARTFIG00164-tabac-le-paquet-neutre-n-a-pas-encore-d-effet-notable-sur-les-ventes.php

[3] Chapman S. Unravelling gossamers with boxing gloves : problems in explaining the decline in smoking.BMJ (1993)307;429-32

[4] Maynard OM, Leonards U, Attwood AS, Bauld L, Hogarth L, Munafö MR. Effects of first exposure to plain cigarette packaging on smoking behaviour and attitudes : a randomised controlled study. BMC Public Health (2015) 15, 240

[5] Smith CN, Kraemer JD, Johnson AC, Mays D. Plain packaging of cigarettes, do we have sufficient evidence ? Risk Manag Health Policy (2015)8221-30

[6] https://fr.wikisource.org/wiki/De_la_nature_des_choses_(traduction_Lefèvre). Je recommande de lire au moins de la longue préface de Lefèvre, dans le merveilleux français du XIXe siècle, qui explique pourquoi il a choisi de traduire en vers le poème de Lucrèce.

[7] Ecrit au 18e siècle en latin par l’abbé Lhomond pour l’initiation au latin

[8] Centassi R. Masson H. L’homme qui a défié Babel. (2002) L’Harmattan. 344p.

[9]Courbe P. Diesel = cancérigène ? L’essence aussi ! Fédération inter-environnement Wallonie.

http://www.sante-environnement.be/spip.php?article635

[1o] http://www.lemonde.fr/pollution/article/2017/09/18/pollution-non-le-diesel-n-emet-pas-moins-de-co2-que-l-essence_5187118_1652666.htm

Vient de sortir

Vous cherchez lhomme-avatar-couverture-1Dieu? C’est comme chercher vos lunettes, quand vous les avez sur le nez !

C’est ce qu’aurait pu dire Spinoza, en polissant ses verres optiques. Son Dieu, c’est l’Univers, la seule Nature. Nul esprit supraterrestre ne créa l’Homme, ne lui donna comme jouets Terre, plantes et animaux à casser à son gré, ne guide ni ne juge ses actes. La Nature pousse toute chose à exister. Suivant simplement ses lois,, elle produit la vie, sans grand architecte ni finalité. L’Homme en est un avatar temporaire. Sa conscience, c’est Dieu cherchant à se connaître. Sa connaissance est la joie de l’Homme.

L’avidité de notre espèce et son inconséquence menacent son existence même. Armé du microscope de Spinoza, j’analyse son fonctionnement en tant que médecin et physiologiste, et cherche des voies pour la préserver de l’autodestruction. L’humanité engendrera t’elle à temps des meneurs plus lucides l’obligeant à adapter des idéologies et ses actesaux lois inexorables de la Nature ?

Chez l’Harmattan :  lhomme-avatar-de-dieufdp

 

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