Biographie Robert Molimard

Né le 16 décembre 1927 à Cournon d’Auvergne (Puy-de-Dôme).  Etudes au Lycée Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand. J’estime que l’éducation que j’ai reçue aux Eclaireurs de France, à la laïcité tolérante, au civisme, à la coopération, à la protection des plus faibles, au bénévolat et au refus des oppressions a été pour moi d’une grande importance.  Mon groupe est entré en résistance, et à 16 ans, nous étions des porteurs de messages et distribuions des tracts contre l’occupant.

Après le PCB, je « monte » à Paris en 1946 étudier la médecine. Interne des Hôpitaux de Paris (1952), je me forme en Rhumatologie et en Médecine Interne dont je deviens Chef de Clinique. En même temps, je m’initie à la recherche au laboratoire de Physiologie de l’UER Biomédicale des Saints-Pères, m’intéressant au contrôle de la régénération du foie chez le rat.  Ma thèse sur le sujet me vaudra la médaille d’Argent de l’Internat.

Agrégé de Physiologie en 1961, la rigidité de la réforme hospitalo-universitaire ne me permet alors pas d’associer une activité intégrée d’enseignement et recherche en Physiologie et de médecine hospitalière pour laquelle j’étais formé (cette disposition est actuellement heureusement abrogée).  Mon activité est alors éclatée, entre un enseignement de Physiologie à Poitiers, la recherche bénévole sur le foie que je poursuis dès lors au laboratoire de Chirurgie expérimentale de l’hôpital Paul Brousse à Villejuif et une fonction aléatoire d’assistant vacataire en Médecine Interne au CHU du Kremlin Bicêtre, où je m’intéresse particulièrement aux cirrhoses ascitiques du foie. Une réputation scientifique naissante me fait engager comme conseiller par le laboratoire pharmaceutique Jacques Logeais dont j’organise le service de recherches pharmacologiques. Cette vision par l’intérieur de l’activité de cette industrie, et de la place envahissante qu’y prennent les commerciaux sera une expérience enrichissante expliquant mes prises de position ultérieures.

En 1977, un changement important transforme mon orientation.  Reçu au concours de Chef de service de Médecine interne de l’hôpital de Nanterre, j’ai désormais sous les yeux la misère absolue des malades dont j’ai la charge, en grande majorité des sans-abri.  Mon poste de Professeur de physiologie est transféré à Paris. Je retrouve à l’UFR des Saints-Pères un laboratoire sous ma direction, que j’intitule « Laboratoire de Médecine expérimentale« , en hommage à Claude Bernard.  Mais, désormais coupé du réseau que je m’étais constitué à l’Hôpital Paul Brousse autour de la recherche sur les maladies du foie, je ne peux plus poursuivre ce thème de recherches. Constatant le rôle néfaste considérable de l’alcool et du tabac chez les malades de mon service, je décide de me consacrer au phénomène de dépendance qui le sous-tend.  Désormais, j’essaierai d’habituer des rats à boire de l’alcool et à s’injecter de la nicotine ou des extraits de tabac, et ouvre dans mon service hospitalier une consultation pour fumeurs que j’assure personnellement. Cette expérience complète celle que j’ai personnellement vécue pour arriver à m’abstenir définitivement de cigarettes en 1960. À ma grande surprise, je constate mon isolement total dans le domaine de la recherche sur le tabac. J’organise donc à Paris le 11 décembre 1982 la « Première Journée de la Dépendance tabagique » pour tenter de regrouper les chercheurs éventuels. C’est le prélude à la fondation avec quelques amis en 1983 de la « Société d’Etude de la Dépendance tabagique et des Phénomènes comportementaux apparentés » que je présiderai, préfiguration de l’Addictologie. Cette société a pour but de promouvoir la recherche sur le tabac, en orientant de jeunes chercheurs et leurs laboratoires d’accueil vers ce domaine totalement inexploré, ce qui est difficilement explicable, sachant l’importance connue de la mortalité et de la morbidité liée au tabagisme.  En 1986 je crée à Paris 5 le « Diplôme d’Université d’Etude de la Dépendance tabagique et des Phénomènes comportementaux apparentés « , destiné à former des chercheurs et des praticiens.  C’est apparemment le premier enseignement mondial structuré sur le sujet. En 1989, je propose le néologisme de Tabacologie, que j’attribue à la désormais « Société de Tabacologie » et au Diplôme, devenu en 1996 « Diplôme interuniversitaire de Tabacologie ».

Mais le succès grandissant de la Société et de ses « Journées de Tabacologie », le souci d’indépendance que je revendiquais pour elle ne plaisaient guère aux laboratoires pharmaceutiques qui commercialisent les médicaments anti-tabac.  En 2004, ils organisent une véritable OPA et parviennent à prendre le contrôle de la Société, dont je démissionne immédiatement, pour ne pas « cautionner une dérive faisant de la Société une simple agence du marketing des firmes pharmaceutiques ». D’ailleurs, pour de son côté interrompre toute filiation, la Société changea de nom pour devenir « Société Française de Tabacologie ».

Ma retraite universitaire en  1995 me contraint à quitter mon laboratoire, mais j’en ouvre un autre à l’hôpital Paul Guiraud à Villejuif, en échange d’une prise en charge du tabagisme dans l’établissement et de l’ouverture d’une consultation. J’y rencontre Renaud de Beaurepaire, psychiatre, qui y dirige un laboratoire de neuro-psycho-pharmacologie, et parviens à l’intéresser à travailler sur les extraits de tabac chez le rat.  Déçu cependant par le peu de résultats de mes efforts pour stimuler une recherche indépendante et par la mainmise de l’industrie pharmaceutique sur l’enseignement, je découvre en 2005 l’association FORMINDEP, association citoyenne fondée par un groupe de médecins généralistes qui plaide pour que la formation des médecins se dégage de l’emprise de l’industrie pharmaceutique.  Le FORMINDEP, dont je deviens membre du Conseil d’Administration, me sort de mon isolement en accueillant favorablement mon combat en faveur d’un traitement de la question du tabagisme scientifiquement  indépendant.  Il m’ouvre les colonnes de son site où, sous une rubrique Alter-tabacologie, je publie des analyses critiques contre les mensonges et la dépendance de la « tabacologie » officielle, que je considère comme une pure trahison de mes intentions initiales.

Pendant 15 ans après ma retraite officielle, la Faculté Paris-Sud m’a pourtant autorisé à continuer bénévolement à organiser et assurer l’enseignement du Diplôme, où j’ai pu tenter de transmettre mes idées à plus de 1000 étudiants. Mais en 2010 une réorganisation universitaire m’a contraint à abandonner cet enseignement. Considérant que la politique actuelle à l’égard des fumeurs tenait plus de la barbarie que d’une réelle politique de santé, j’ai alors ouvert le présent site http://tabac-humain.com, où tout un chacun peut trouver un enseignement complet d’Alter-tabacologie.

Bien qu’ayant commis quelques publications en anglais, mon but était de chercher à stimuler une recherche tabacologique française.  Je me suis astreint à publier mes travaux en français, en particulier dans des ouvrages collectifs issus de commissions INSERM dont j’étais membre[1][2][3].  J’ai écrit deux ouvrages pour le grand public[4][5]. Mais je suis désespéré que les chercheurs français doivent se plier à une rédaction en anglais sous peine de voir leurs travaux ignorés, soumis à la censure de revues très souvent contrôlées par l’industrie et non-pris en considération pour leur promotion.  Je pratique évidemment par force cette langue que je considère comme un patois oralement incompréhensible qui met les non-anglophones dans un état d’infériorité dans les réunions internationales.  Ayant participé à des congrès en allemand, en russe, en italien, dont l’apprentissage imparfait m’a été très laborieux, j’ai compris combien était vaine l’idée de se dégager de l’hégémonie de l’anglais à travers d’autres langues nationales, et l’état d’infériorité où se trouvaient les pays de l’Europe non anglophone.  Suivant en cela d’illustres prédécesseurs en physiologie et médecine comme Charles Richet (Prix Nobel 1913) ou Fernand Widal, je découvre l’espéranto en 2004, à 77 ans! Je me passionne pour cette langue, dont la grammaire tient en une page, merveille d’architecture logique, d’apprentissage extrêmement rapide pour un européen qui connaît déjà l’essentiel de ses racines.  Elle me paraît une réponse à l’impérialisme de l’anglais sur l’Europe. Sa simplicité est telle que six mois plus tard j’avais traduit mon ouvrage « La Fume », édité par Sides sous le titre « La Fumado ». J’ai mis cette traduction gratuitement téléchargeable sur le présent site, tout comme celle du « Petit Manuel de Défume », que j’ai achevée en 2012 sous le titre « Lernolibreto por malfumadi ». (Voir la rubrique « Livres »).

À la fois hautboïste, flutiste et violoniste, je suis passionné de musique baroque que je pratique avec mes enfants. J’ai gardé un attachement particulier pour mon Auvergne natale et ma maison de La Chaise-Dieu en Haute-Loire, où je mets en valeur mes qualités d’expert en champignons sauvages. J’ai cherché à créer une structure permettant l’expression de musiciens amateurs dans ce pays qui accueille un Festival de musique prestigieux.  Mais malgré quelques succès, le relais local de cette initiative n’a pas été pris. « Nul n’est prophète en son pays »


[1] Le Traitement de la Dépendance Tabagique  »  INSERM-Documentation Française. 1990

[2] Dépendance et conduites de consommation « , INSERM éd. 1997

[3] Tabac.  Comprendre la dépendance pour agir. INSERM ed. 2004

[4] La Fume. (SIDES Ed. 2003).  Réédité en collection de poche, après mise à jour, DeBorée EEd Automne 2011

[5] Petit Manuel de Défume  (SIDES Ed. 2003). Réédité en collection de poche après mise à jour, DeBorée Ed. Automne 2011

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Robert MOLIMARD Titres et Travaux