COURS D'ALTERTABACOLOGIE

INTRODUCTION

à l’ALTERTABACOLOGIE

Professeur Robert MOLIMARD

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Le tabac n’est pas un sujet comme un autre.  La fume asservit un énorme pourcentage de la population mondiale.  Elle retire des masses d’argent des poches des plus pauvres.  Les états sont dépendants de cette énorme provende fiscale.  Les industries tabagière et pharmaceutique florissantes influencent les décisions politiques.  Tout ce qui touche au tabac soulève des passions.  Ce comportement, « la plus grande cause de mortalité évitable », serait cause de 66.000 décès prématurés dans notre pays, souvent après de longues souffrances.  Il aurait donc logiquement mérité une mobilisation scientifique sans précédent.  Quelques années après l’apparition du SIDA, la recherche a découvert le virus et les modes de transmission, permettant une prophylaxie et des médicaments toujours plus efficaces.  Des laboratoires où grouilleraient des centaines de chercheurs devraient se pencher sur le tabac.  Rien de tel, malgré 70 ans d’études épidémiologiques qui ont permis de mesurer l’ampleur de la catastrophe sanitaire qu’il entraîne.

J’ai découvert au musée du Castelvecchio à Vérone un tableau de Jacopo Palma il Giovane, peint dans les années 1500.  Au premier plan, des hommes jettent dans la lagune des cadavres verdâtres.  Au second plan, une assemblée brillante et bariolée d’ecclésiastiques et de notables, menée par le doge Alvise Mocenigo, qui implore un Christ pliant sous la croix .  Le titre était « Implorazione per la cessazione della pesta a Venezia ».

On n’a pas vaincu la peste par des prières, processions, incantations, autodafés, mais quand la découverte du rôle de la puce du rat, celle du bacille responsable par Yersin, puis  des antibiotiques ont permis  prophylaxie et traitements efficaces.

Le premier objectif de cet enseignement est donc de vous donner le désir de savoir et de vous faire acquérir des connaissances validées sur la chimie du tabac, la cigarette, le comportement du fumeur, les mécanismes pharmacologiques, psychologiques et sociologiques de la dépendance.  Nous en déduirons les stratégies possibles pour prévenir le tabagisme, et les moyens à proposer aux fumeurs pour abandonner ce comportement nocif.

Le deuxième objectif est l’étude des approches de lutte contre le tabagisme. Un point me tient à cœur à ce propos. La dernière question de l’examen écrit du DIU de Tabacologie 2006-2007: « Discutez quelles pourraient être à terme les conséquences positives et négatives de l’interdiction de fumer dans les lieux publics du décret de février 2007″‘.  La correction m’a consterné. Tous se sont félicités de la disparition du tabagisme passif, du déclenchement de décisions d’arrêter, de la dé-normalisation du tabagisme, de la propreté des locaux.  La majorité n’a trouvé aucun inconvénient, sinon qu’en compensant à domicile ce qu’ils n’avaient pu fumer dans les lieux publics, les fumeurs risqueraient d’empoisonner un peu plus leurs enfants.  Beaucoup ont évoqué la perte de temps pour les pauses-cigarettes sur le trottoir.  Mais deux seulement ont simplement évoqué la détresse de certains fumeurs, la possibilité de syndromes dépressifs, les difficultés des malades psychiatriques, les possibles effets pervers de l’abandon de la cigarette. Personne n’a envisagé que cela puisse paradoxalement favoriser le tabagisme.

La première qualité d’un professionnel de santé est l’humanité.  Il doit voir le problème du côté de son patient. Certes le non-fumeur est souvent incommodé par la fumée et mérite d’être protégé de cet inconfort  Il est normal qu’on se préoccupe des non-fumeurs exposés, en envisageant leurs problèmes avant celui des entreprises.  Mais la première victime du tabagisme est le fumeur.  C’est lui qui constitue la masse des souffrances, des cancers, des insuffisances respiratoires, des infarctus.  C’est lui à qui l’on fait des pontages et qu’on ampute, et qui consacre à sa cigarettes ses ressources jusqu’à la pauvreté. Nos futurs altertabacologues ne doivent pas l’oublier.  Le risque d’une vision purement hygiéniste est de tomber dans la barbarie, comme le montre cette déclaration relevée sur le site « Globalink » (Organisation d’informations sur le tabagisme gérée par l’Union Internationale Contre le Cancer à Genève), à propos du tabac oral suédois (snus) qui, en éliminant totalement la fumée, serait pourtant l’arme absolue contre le tabagisme passif,:

 » I don’t understand the debate about Snus. Of course, it is a public health benefit to the people who have to work next to a smoker in a workplace in a state that does not restrict smoking. Also, cigarettes do not blow smoke in my face, smokers do. So who the hell cares what a smoker’s morbidity rate is other than to say it can’t be soon enough. » B.W,

(Traduction: Je ne comprends pas le débat sur le snus.  Evidemment, c’est un bénéfice de santé publique pour les gens qui doivent travailler à côté d’un fumeur là où fumer n’est pas interdit. Mais par ailleurs, les cigarettes ne me soufflent pas la fumée au visage, les fumeurs le font. Donc pourquoi diable se soucier de la morbidité des fumeurs, sinon dire que ce ne sera jamais assez tôt!)

Donc, qu’ils crèvent, et le plus vite possible.  Bel exemple d’humanité!

Comprendre la dépendance est un préalable absolu pour agir efficacement.  En 1977, j’ai commencé à travailler sur le tabac dans mon laboratoire de la Faculté de Médecine. Je me suis vite rendu compte de mon isolement scientifique total.  C’est pourquoi j’ai fondé en 1983 avec quelques amis chercheurs la Société d’Etude de la Dépendance Tabagique, devenue Société de Tabacologie, pour promouvoir une véritable recherche scientifique dans ce domaine jusqu’alors réservé aux acupuncteurs,  homéopathes et empiriques.  En dépit de subventions misérables, du soutien initial de laboratoires pharmaceutiques que notre résistance à leur faire allégeance finit par tarir rapidement, nous avions réussi en 25 ans à financer 26 étudiants jusqu’à une thèse de doctorat. Ce fut pourtant un échec total, car, hormis deux psychologues, aucun d’entre eux ne put obtenir un poste dans un organisme public de recherches où continuer ses travaux.  Il n’y a toujours pas en France un seul laboratoire INSERM ou CNRS qui se consacre à la dépendance au tabac.   En 2004, la Société que je présidais fut infiltrée par des membres ayant de forts liens d’intérêt avec les firmes pharmaceutiques fabriquant des « médicaments de sevrage ».  À l’occasion d’une assemblée générale, ils prirent le contrôle de la Société.  Ne pouvant accepter de servir de caution à un organisme devenu un instrument de marketing, je démissionnai de la Société. Pour bien marquer la rupture avec ma vision, elle prit alors le nom de Société Française de Tabacologie.

Il était important de former scientifiquement des praticiens, médecins, infirmières, psychologues.  Je fondai en 1986 à Paris le premier enseignement universitaire, je le crois au monde, sur la dépendance au tabac, devenu Diplôme Interuniversitaire de Tabacologie.  Je j’organisai seul, même 14 ans après ma retraite universitaire, le Faculté de Médecine n’ayant personne formé à la discipline pour prendre le relais. Mais en 2010 mes successeurs arrivèrent, les mêmes qui avaient pris le pouvoir sur la Société de Tabacologie en 2004.  Un nouveau diplôme de tabacologie est donc créé, dans lequel je n’ai évidemment aucune place.  Ma seule possibilité de continuer à diffuser ce que je sais sur le tabac est donc cet enseignement en ligne.

Le troisième objectif  n’est pas de former des « activistes anti-tabac« , mais des experts, et des praticiens éclairés, capables de mettre en œuvre avec efficacité les notions théoriques. Ce cours ne définit pas ce qui est « Le Bien » et ce qui est « Le Mal ». Vous y trouverez des opinions qui  pourront choquer vos convictions, d’autres les flatter.  Mais c’est la vie, c’est la diversité et le mouvement.  Il vous faudra peu à peu forger votre propre opinion.

Je serais comblé si, au sortir de cet enseignement, vous aviez pu développer en vous ces deux qualités qui sont la source unique de tout progrès :

1.- L’absence de préjugés, de censure systématique.

2.- Le DOUTE SCIENTIFIQUE, la mise en cause des dogmes, des solutions « de bon sens » non évaluées, des résultats biaisés voire truqués.  Toute l’histoire des sciences n’est qu’un long, laborieux et incertain combat contre des certitudes, des vérités révélées et, de plus en plus, des truquages de vérité par ceux qui espèrent en tirer profit, qu’il s’agisse de gloire et d’honneurs ou de bénéfices matériels.

Ce problème des CONFLITS D’INTÉRÊTS devient actuellement aigu, compte tenu des énormes enjeux financiers en relation avec la santé publique et les dépenses de santé.  Assurer l’indépendance de l’enseignement devient de plus en plus impératif et urgent.  Cela m’a posé de sérieux problèmes pour l’enseignement  du DIU.  Comme pour les questions de dopage sportif, il faudrait dans l’idéal être inquisiteur, et sélectif, ce qui expose à être taxé de sectarisme.  De plus, les médias sont occupés par des leaders d’opinion ayant des liens étroits avec les firmes.  Bien qu’ils s’en défendent, leur message est même inconsciemment biaisé par ces liens d’intérêt.  Les étudiants auraient mal compris que ces vedettes soient évincées d’un enseignement universitaire.  Je ne pouvais d’autre part me priver de la compétence de tous les enseignants ayant des liens avec des entreprises, tabagières ou pharmaceutiques, ne serait-ce que c’est justement leur compétence qui les a fait choisir comme collaborateurs ou conseillers.  Depuis toujours, j’ai demandé à des chercheurs de l’industrie du tabac d’intervenir dans le DIU.  C’était aller à l’encontre de mots d’ordre courants dans les milieux de la lutte contre le tabagisme, qui dénoncent tout contact avec l’industrie du tabac. Un tel rejet me semble irresponsable, car les tabacologues doivent connaître les produits qu’ils combattent.  Seuls ceux qui les fabriquent peuvent fournir des informations fiables.  Ce serait se priver d’ambassadeurs et de services de renseignements dans un pays hostile.  J’ai plus facilement invité les chercheurs de l’industrie pharmaceutique, curieusement épargnée par cet ostracisme.  Mais hormis ces vrais chercheurs, j’avais sélectionné les enseignants de ce DIU pour leur seule COMPÉTENCE ou leur NOTORIÉTÉ, méritée ou non..  Je n’ai pratiqué aucune censure sur la base de leurs relations avec des intérêts industriels quelconques, faisant confiance à leur éthique personnelle.  Mais cette approche démocratique n’a pas suffi.   Faisant fi de la loi que je leur avais rappelée, aucun n’a déclaré ses liens d’intérêt éventuels.  L’absence de liens n’a même  pas toujours été déclarée, peut-être pour ne pas paraître comme un donneur de leçons, et mon discours critique n’a pu être plus longtemps toléré.

Personnellement, conformément au décret d’application de l’article 26 de la loi du 4 mars 2002 (article L 4113-13 du code de la santé publique), qui instaure la transparence de l’information médicale,. je déclare sur l’honneur que je n’ai avec les industries pharmaceutique (et j’ajoute tabagière) que des échanges scientifiques, qui ne constituent pas des liens d’intérêt.  Je n’en tire aucun avantage financier ou en nature.  Membre du Formindep (http://www.formindep.org), je milite au contraire pour une formation des professionnels de santé qui soit indépendante de toute pression commerciale.

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